

Louis de Fauconval
13 mars 2026
Une approche de la kinésithérapie centrée sur le rôle des fascias, de la matrice extracellulaire et de la colonne vertébrale dans l’apparition des douleurs musculosquelettiques
1. Le corps comme système d’adaptation
Dans de nombreuses pathologies musculosquelettiques, la douleur ne correspond pas nécessairement au site initial du dysfonctionnement. Elle peut être l’expression d’un processus adaptatif impliquant plusieurs systèmes physiologiques.
Les tensions musculaires peuvent avoir des origines variées :
• dysfonctions vertébrales ou articulaires
• irritations nerveuses périphériques
• perturbations viscérales ou digestives
• stress psycho-émotionnel
• séquelles traumatiques
• Etc
Ces facteurs peuvent modifier l’équilibre fonctionnel des tissus mous et influencer la dynamique de la matrice extracellulaire, milieu biologique dans lequel évoluent les cellules et les structures conjonctives.
2. Rôle de la matrice extracellulaire et du tissu fascial
Les fascias constituent un réseau continu de tissu conjonctif qui participe :
• à la transmission des forces mécaniques
• à la coordination des mouvements
• à la communication entre les différents tissus du corps.
Des recherches en biologie du tissu conjonctif indiquent que les propriétés mécaniques et hydriques de la matrice extracellulaire influencent directement la mobilité tissulaire et le glissement entre les structures fasciales.
Lorsque ces propriétés sont altérées, des adhérences tissulaires peuvent apparaître et limiter la mobilité entre les différentes couches de tissus. Cette restriction peut entraîner des adaptations biomécaniques et des phénomènes de compensation dans d’autres régions du corps.
À long terme, ces adaptations peuvent contribuer à l’apparition de douleurs chroniques ou de limitations fonctionnelles.(Robert Schleip et al., Journal of Bodywork and Movement Therapies ; Carla Stecco, Fascia: The Tensional Network of the Human Body)
3. Place centrale de la colonne vertébrale
Dans ma pratique clinique, la colonne vertébrale occupe une place centrale dans l’évaluation et le traitement.
Elle constitue :
• l’axe mécanique principal du corps
• la structure protectrice de la moelle épinière
• un point d’organisation majeur des chaînes musculaires et fasciales.
De nombreuses douleurs périphériques peuvent être influencées par des restrictions de mobilité vertébrale ou par des phénomènes d’irritation mécanique affectant les racines nerveuses.
Le travail thérapeutique vise donc souvent à :
• restaurer la mobilité vertébrale
• diminuer les contraintes mécaniques sur le système nerveux
• améliorer la dynamique des chaînes musculaires et fasciales.
Cela peut inclure des techniques de mobilisation, de travail tissulaire et d’étirements destinés à favoriser une meilleure mobilité des structures neuro-musculo-squelettiques.
4. La méthode R.EM.M.A.S.A.C.
Dans ce cadre, j’utilise notamment la méthode R.EM.M.A.S.A.C. (Recherche et Élimination par Massage de la Matérialisation Somatique des Affections Chroniques).
La technique consiste à travailler certaines zones tissulaires par un massage profond et spécifique afin de traiter les tensions musculaires et les adhérences tissulaires associées à une altération des propriétés de drainage de la matrice extracellulaire.
L’objectif est de :
• restaurer la mobilité des tissus
• améliorer la circulation tissulaire
• favoriser les processus physiologiques de réparation.
Les indications concernent principalement des troubles musculosquelettiques dans lesquels l’origine fonctionnelle de la douleur peut être identifiée.
5. Dimension psycho-émotionnelle et régulation du système nerveux
La compréhension moderne de la douleur s’appuie aujourd’hui sur le modèle biopsychosocial, qui intègre les interactions entre facteurs biologiques, psychologiques et sociaux.
Dans cette perspective, les états émotionnels et le stress peuvent influencer :
• le tonus musculaire
• la perception douloureuse
• l’activité du système nerveux autonome.
Certaines approches théoriques, comme la théorie polyvagale proposée par Stephen W. Porges, décrivent comment le système nerveux autonome participe à la régulation des états physiologiques liés à la sécurité, au stress ou à la menace.
Selon ce modèle, les différentes branches du nerf vague participent à l’adaptation de l’organisme aux situations environnementales et peuvent influencer les réponses corporelles, notamment la régulation du tonus musculaire et des réactions physiologiques liées au stress.
Dans cette perspective, je considère la personne dans sa globalité. Les états émotionnels et le stress peuvent influencer le tonus musculaire, la perception douloureuse et certains mécanismes neurophysiologiques.
C’est pourquoi j’accorde également une place à l’écoute et à l’expression du vécu du patient, dans une approche globale visant à comprendre l’ensemble des facteurs susceptibles d’interagir avec la douleur et la fonction corporelle.
(Sources : Gatchel et al., Psychological Bulletin ; Moseley & Butler, Explain Pain ; Porges, Stephen W., The polyvagal perspective.).
Conclusion
Mon approche thérapeutique vise à identifier les restrictions tissulaires, les phénomènes de compensation et les facteurs susceptibles d’entretenir la douleur.
Le traitement s’articule principalement autour de :
• la restauration de la mobilité tissulaire et fasciale
• le travail de la colonne vertébrale et des structures nerveuses associées
• des techniques manuelles ciblées telles que la méthode R.EM.M.A.S.A.C.
• la prise en compte des interactions entre corps, système nerveux et vécu émotionnel.
L’objectif est de permettre au corps de retrouver un fonctionnement plus équilibré et une meilleure capacité d’adaptation.


